Conférences, débats

Le multilinguisme au cœur des débats à l’ONU

A l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, également Journée de la langue française à l’ONU, la Francophonie relance le débat sur la place du français à l’ONU, et les enjeux du multilinguisme sous la forme d’une discussion interactive à laquelle ont participé plusieurs hauts responsables des Nations unies. Cet événement a bénéficié de la collaboration du Groupe des Ambassadeurs francophones et du bureau de la Coordinatrice pour le multilinguisme au sein du Secrétariat des Nations unies.

Le 20 mars est une date aux multiples échos pour la Francophonie. Il célèbre la Journée internationale de la Francophonie et la Journée de la langue française à l’ONU en même temps que l’accession à l’indépendance de la Tunisie, pays dont le président Habib Bourguiba, a joué un rôle de premier plan dans la construction du projet francophone.

C’est sous ce double auspice que s’est tenue le 20 mars 2017 une discussion interactive au siège des Nations unies, avec pour thème : « le multilinguisme aux Nations unies : une valeur fondamentale, un impératif d’efficacité, le français est une chance ! », inaugurée par le premier vice-président du Groupe des Ambassadeurs francophones et Représentant permanent de la Tunisie auprès des Nations unies, Khaled Khiari ainsi que la Représentante permanente a.i de l’Organisation internationale de la Francophonie auprès des Nations unies, Patricia Herdt.



Cet événement a été l’occasion de mettre en valeur l’expérience de hauts responsables des Nations unies qui, bien qu’issus d’Etats non membres de la Francophonie, ont fait le choix du français. Ainsi, dans une vidéo à plusieurs voix, Atul Khare, Secrétaire général adjoint à l’Appui aux missions, Jeffrey Feltman, Secrétaire général adjoint aux Affaires politiques, Cristina Gallach, Secrétaire générale adjointe à l’Information et à la Communication ont témoigné de l’importance du français dans leurs mandats respectifs et ont appelé à une meilleure valorisation du multilinguisme au sein de l’Organisation des Nations unies.

Le panel de discussion a, par la suite, réuni la Secrétaire générale adjointe aux Affaires de l’Assemblée générale et à la Gestion des conférences, Coordinatrice pour le multilinguisme des Nations unies, Catherine Pollard, l’Ambassadeur, Représentant permanent du Niger auprès des Nations unies, Abdallah Wafy, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, ainsi que le Secrétaire général adjoint aux Affaires juridiques et Conseiller juridique des Nations unies, Miguel de Serpa Soares. Le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng a également pris part à distance à cette discussion. Des représentants du Mexique (au nom du Groupe des Amis de l’espagnol), de la France, du Canada, du Bélarus, de la Roumanie, du Cabo Verde, de la Guinée équatoriale et du Kosovo ont également échangé avec les panélistes. La modératrice de cette discussion, Mélissa Kent, journaliste et correspondante de CBC/Radio Canada auprès des Nations unies, a appelé l’ensemble des diplomates et fonctionnaires de l’ONU présents à faire vivre ce débat sur les médias sociaux à travers #mon20mars.

L’ensemble des participants s’est accordé sur l’idée que le multilinguisme est profondément inscrit dans la vocation de l’Organisation des Nations unies, une organisation multilatérale, porteuse de valeurs à rayonnement universel et dans laquelle chaque langue doit apporter sa contribution à la discussion internationale. Le multilinguisme est également la clé de l’efficacité de l’action internationale et d’un multilatéralisme pleinement réalisé. A ce titre, la Coordinatrice pour le multilinguisme a rappelé les efforts entrepris par son bureau en faveur d’une approche cohérente au sein du Secrétariat et d’un plaidoyer fort auprès de toutes les entités du système des Nations unies. Des approches innovantes sont privilégiées aujourd’hui avec l’objectif de valoriser davantage les compétences linguistiques du personnel de l’Organisation et d’assurer une meilleure visibilité des enjeux du multilinguisme sur les médias sociaux.

L’ambassadeur Abdallah Wafy a notamment souligné l’ importance du multilinguisme dans les opérations de maintien de la paix où il permet de manière efficace le renforcement des capacités sur le terrain en particulier dans des situations de transition et de sortie de crise, dans une logique de coopération étroite avec les autorités nationales.



Nombre de participants ont également rappelé que parler une langue, c’est aussi s’adosser à une culture, des façons de penser, d’envisager le monde et ses enjeux. Le témoignage d’Adama Dieng a mis en lumière combien la diversité des langues est essentielle au travail des juridictions internationales qui se doivent de respecter la grande diversité des systèmes juridiques. Elle est tout aussi essentielle au travail du Secrétariat des Nations unies où, de l’avis de Miguel de Serpa Soares, les deux langues de travail que sont le français et l’anglais entretiennent une réelle complémentarité.

La dimension humaine de ces enjeux a également été pointée par Leila Zerrougui qui, à travers son expérience de terrain, a rappelé à quel point la compréhension et la maîtrise de plusieurs langues permet d’instaurer une relation de proximité et de confiance, tant avec les populations touchées par les conflits qu’avec les responsables politiques.

Des échanges particulièrement féconds devant un public diversifié ont prolongé cette discussion et ont permis d’envisager des solutions en faveur du multilinguisme. L’importance d’une alliance pour le renforcement des capacités francophones dans les opérations de maintien de la paix, la nécessité d’informer et de sensibiliser plus généralement les candidats francophones aux procédures de recrutement des Nations unies, et d’envisager une approche multilingue des campagnes de communication de l’ONU ont notamment été évoquées.

Un appel à l’action enfin a clôturé ce débat ce débat avec la projection de la vidéo réalisée par l’OIF : « le multilinguisme, pourquoi et comment le promouvoir ».

Ces éléments permettront d’alimenter la réflexion qui se poursuivra lors de la négociation de la résolution sur le multilinguisme qui sera soumise à l’adoption de la 71ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, autre rendez-vous stratégique de la promotion du multilinguisme à l’ONU.



Organisé par

Représentation permanente de l'OIF auprès des Nations unies à New York