Conférences, débats

« Oui Work » ou l’atout de la jeunesse francophone à New York

Le festival « Oui Work » a réuni, le 21 mars 2017, sous forme d’ateliers intergénérationnels de sensibilisation au marché du travail, 150 jeunes immigrés originaires de pays francophones d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique du Nord et de la Caraïbe, étudiant dans le cadre du French Heritage Language Program. Cet événement était organisé par la Face Foundation en partenariat avec la Représentation permanente de l’OIF auprès des Nations Unies et les Services culturels de l’Ambassade de France à New York.



Le titre du festival, « Oui Work », clin d’œil à la double identité du French Heritage Language Program, est à l’image de l’ambiance à la fois studieuse et festive qui régnait cet après midi-là au Service culturel de l’ambassade France à New York. Sous la direction d’Hélène Godec, coach en communication et professeure à Fordham university, les lycéens du French Heritage Language program ont participé à une série d’ateliers pratiques qui, via l’improvisation théâtrale et les échanges de groupe, ont recréé des situations connectées au monde du travail dans lesquelles ils devront valoriser leurs compétences en tant que francophones dans un futur proche : embauche, stage, admission à l’université.

Les élèves ont également eu l’occasion d’échanger avec des anciens du programme autour de leurs expériences et de l’impact de la maîtrise du français sur leur vie aux Etats-Unis, tant d’un point de vue personnel que professionnel. Parmi ces alumni figuraient de nombreux étudiants de Fordham University ainsi que des professionnels du camp de vacances « Bonjour New York », autre initiative du French Heritage Langage Program qui propose durant l’été une découverte des hauts lieux de la vie francophone à New York aux entreprises et campus universitaires francophones.

Certains lycéens et anciens élèves du programme ont également souhaité s’exprimer dans le cadre de l’initiative « Libres ensemble » et ont livré en vidéo des témoignages forts de leur vécu de jeunes francophones vivant aux Etats-Unis.

Cette journée a enfin permis au grand public de découvrir la chanson « la Liberté » dont les paroles et le clip ont été composés et réalisés par les élèves du French Heritage Language program en réaction aux attentats terroristes qui ont secoué l’Europe et l’Afrique en 2015 et 2016. Cette chanson de rap qui appelle à la paix et à la tolérance rappelle aussi le pouvoir de l’éducation, autant de valeurs chères à l’initiative « Libres ensemble ».

Le français comme point d’ancrage en terre américaine

Créé en 2005, Le French Heritage Language Program a pour objectif de permettre à des lycéens issus de pays francophones de conserver un contact avec la langue française et d’en faire un atout pour leur vie sociale et professionnelle aux Etats Unis. Présent dans quatre des cinq arrondissements de New York, il offre des ateliers dans 10 écoles publiques de la ville qui réunissent plus de 200 étudiants chaque année. Fort de ce succès, le programme se développe actuellement dans les états du Massachusetts, du Maine, de la Floride et de la Pennsylvanie.



Pour Hassanatou Samaké, ancienne élève désormais chargée de l’animation du réseau alumni au sein de l’équipe de pilotage du programme, le French Heritage Language Program lui a permis d’entrer en contact avec d’autres jeunes qui, comme elle, vivaient la même expérience d’intégration aux Etats-Unis avec ses difficultés et ses bonheurs : « Mon principal problème avec l’anglais quand je suis arrivée était que je le comprenais mais que je ne pouvais pas bien le parler. Alors imaginez le soulagement, après une journée passée dans une classe où on ne parle qu’anglais, arriver dans un endroit où il y a des élèves de toutes nationalités qui parlent français et avec qui vous pouvez avoir de vraies conversations ».

Maintenir une pratique et un usage du français peut en effet s’avérer un vrai défi pour les immigrés francophones car nombre d’entre eux se focalisent sur l’acquisition de l’anglais pour une meilleure intégration, au détriment du français et d’autres langues initialement parlées dans leur pays d’origine telles que le créole, le wolof, le malinké entre autres. Dans cette perspective, le programme cherche, par l’école, à renforcer le lien des jeunes francophones à leurs langues et à leurs cultures d’origine. Il leur permet d’élargir leurs horizons en ayant une vision globale de la communauté francophone, aussi bien aux Etats-Unis que dans le reste du monde.

« Beaucoup d’élèves se sentent comme à la maison dans le programme et on essaie de leur montrer que la Francophonie est une grande famille », explique Mathilde Landier coordinatrice du programme. Les nombreux projets créatifs, voyages et expériences de terrain auxquels les élèves sont invités à participer contribuent à renforcer ce sentiment d’appartenance à une communauté au sein de laquelle la diversité est une force. D’après un sondage réalisé par la Face foundation, 23% des élèves interrogés estiment que la connaissance du français comme première langue a également facilité leur apprentissage de l’anglais comme seconde langue, et ils sont tout autant à estimer que le français représente un atout pour leur intégration professionnelle aux Etats Unis.